Qualité de l’air intérieur : la ventilation comme impératif

Assurer la qualité de l’air intérieur des bâtiments est une obligation toute l’année mais soulève de nouvelles questions pendant la pandémie de Covid-19. Philippe Préau, directeur scientifique de la société Eolia, spécialisée dans le traitement et la qualité de l’air, fait le point sur la réglementation en vigueur et sur les solutions à appliquer.

Qu’entend-on par qualité de l’air intérieur et quelle réglementation la définit ?

Philippe Préau : Il s’agit tout simplement de la qualité de l’air que l’on respire, que ce soit à son domicile, à son bureau ou dans une collectivité. C’est une notion importante qui impacte la santé des personnes : à partir de quelle quantité de polluants présents dans l’air ai-je un risque de tomber malade ? Le premier décret à l’origine du contrôle de la qualité de l’air dans les ERP (établissements recevant du public) date du 5 janvier 2012 et concerne les crèches. Il s’est étendu aux écoles maternelles et élémentaires, aux centres de loisirs, aux établissements du second degré et doit inclure tous les lieux accueillant du public en 2023.
Pour les établissements professionnels, tertiaire et industrie, c’est le Code du travail qui s’applique (décret du 8 octobre 1987). Un chef d’entreprise doit assurer la sécurité sanitaire de l’environnement de ses salariés. Chaque année nous réalisons des analyses de risques dans les entreprises en fonction des polluants qui y sont présents. En cas de plainte de salariés, nous sommes saisis par la médecine du travail, les responsables du CHSCT (commission hygiène et sécurité) ou autres responsables des activités.

Quels sont les principaux polluants que l’on trouve dans l’air intérieur ?

Philippe Préau : Ils sont de trois ordres : chimiques, physiques et biologiques. Les polluants chimiques sont ceux dont on parle le plus : le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone, les formaldéhydes (que l’on trouve dans les vernis, les parfums, sur les meubles) et les solvants, très présents dans les peintures. Les polluants physiques sont les poussières, définies en deux familles, les PM2,5, particules de taille 2,5µ, et les PM10, particules de taille 10 microns. Enfin, les polluants biologiques sont les bactéries et les moisissures ainsi que les formes sporulées.

Quelles sont les solutions pour assurer une bonne qualité de l’air intérieur ?

Philippe Préau : Le premier conseil est d’ouvrir les fenêtres pour apporter de l’air neuf et diluer les concentrations chimiques. Dans la plupart des cas et en fonction de l’emplacement, les taux extérieurs sont inférieurs aux concentrations intérieures. Mais de nombreux bâtiments climatisés sont des systèmes clos dans lesquels on ne peut pas ouvrir les fenêtres. Il faut donc apporter de l’air neuf par des centrales de ventilation et dans certains cas faire tourner des épurateurs d’air qui filtrent les poussières et les composés chimiques.

Quelles sont les recommandations pour les bureaux actuellement vides, leurs salariés étant en télétravail ?

Philippe Préau : Cette question nous mobilise tous les jours actuellement. Beaucoup de responsables nous appellent pour savoir dans quelles conditions ils pourront faire revenir des salariés dans leurs bureaux.
Il faut savoir que dans un bureau inoccupé pendant plusieurs semaines et surtout sans ventilation, il peut, par exemple, se développer des moisissures et un enrichissement de la flore microbienne totale. Il est donc nécessaire de maintenir l’apport d’air neuf par une ventilation en régime forcé pour diluer les polluants dans l’air.
Concernant le retour dans les locaux en cas de suspicion de Covid-19, on a beaucoup trop d’incertitudes concernant sa durée de vie dans l’air et les surfaces. Pour l’ensemble de ces raisons préalablement exposées, on préconise de recourir au principe de précaution et donc de désinfecter les bureaux.

Propos recueillis par Pascale Caussat © AdC – L’Agence de Contenu